(93) Montreuil

La gestion municipale de l’énergie : la ville de Montreuil

 

La ville de Montreuil est une collectivité importante, puisqu’elle abrite plus de 100 000 habitants et possède 350 bâtiments publics, répartis sur 8 km2. Les coûts de l’énergie et des fluides y représentent un budget conséquent.

La municipalité dispose d’une vision très claire de la consommation énergétique de ses bâtiments et même de sa déclinaison, bâtiment par bâtiment. Pour l’année 2007, les consommations d’énergie et de fluides se sont élevées à un peu plus de 3 M€.

La ville dispose également d’un service énergie. Depuis quelques années, elle s’est lancée dans une démarche d’expérimentation. Ces opérations expérimentales font aujourd’hui référence et apportent de nombreux enseignements, même si chaque bâtiment et chaque opération doit être considéré comme un cas particulier. Quatre types d’opérations réalisées par la ville de Montreuil sont décrites ci-dessous :

 

Chaudières à condensation

 

Lorsque l’on brûle du gaz, le combustible émet de la chaleur, du CO2 et de la vapeur d’eau. La vapeur d’eau émise contient encore une grande quantité d’énergie, qui part dans l’atmosphère. Grâce à des techniques de récupération, la chaleur latente est récupérée dans des condenseurs. Selon l’ancienneté des chaudières en place, il existe plusieurs options techniques. Lorsque le parc de chaudières est récent, l’option la plus simple consiste à y ajouter un récupérateur condenseur (cf. schéma ci-contre). Si la chaudière est vétuste, la solution réside dans l’installation d’une chaudière à foyer - condenseur, innovation technique récente. Contrairement aux idées reçues, le nombre de jours de grand froid est faible par rapport au nombre de jours de chauffe, même dans un bâtiment mal isolé. De ce fait, grâce aux condenseurs, la chaleur latente est récupérée et une économie d’au moins 10 % est réalisée sur la facture de gaz.

À titre d’exemple, l’installation d’un récupérateur - condenseur dans un groupe scolaire a coûté 20 000 euros. Elle permet d’économiser 4 500 euros par an sur le chauffage et affiche donc un temps de retour inférieur 5 ans.

Évidemment, l’installation d’un récupérateur condenseur est d’autant plus intéressante que la consommation d’énergie est élevée. Il importe de bien calculer le temps de retour de l’investissement avant de procéder à l’installation.

 

 

 

Variation électronique de vitesse (VEV)

Sur la majorité des installations hydrauliques ou de ventilation, les bureaux d’études continuent de recourir à des techniques basées sur des débits constants. Or, l’énergie consommée par ce type d’équipement (circulateurs et moteurs qui entraînent les ventilateurs) est proportionnelle au carré, voire au cube, du débit. Rares sont les pièces qui ont besoin d’être ventilées à la puissance maximale à longueur de temps, par exemple. Aujourd’hui, il est possible d’installer des appareils électroniques qui permettent de piloter les moteurs ou les pompes.

Près de 20 % de l’énergie électrique mondiale est consommée par des systèmes de pompage. Or, de 30 à 50 % de l’énergie consommée par ces pompes pourrait être économisée. Et le constat et le même pour la ventilation !

L’électronique permet également de s’affranchir des gros contacteurs, car elle assure les démarrages et arrêts des machines en douceur. Cela diminue l’inertie réactive, ainsi que la puissance souscrite et la taille des câbles en cuivre. L’équipement coûte certes un peu plus cher au départ, mais, sur les grosses installations, les temps de retour se comptent en mois. Par exemple, la rénovation des installations de ventilation et de climatisation de l’École Nationale de Musique a permis de diviser les consommations électriques par quatre et de réduire les consommations de chauffage d’un tiers. Au total, l’économie sur le budget énergie de cette école est de 30 000 euros par an.

 

 

Énergie solaire

Depuis quelques années, la ville de Montreuil développe l’énergie solaire « tous azimuts », aussi bien sur le patrimoine communal que privé, ou encore avec l’OPHLM. Le point de départ date de 2001, avec l’opération, baptisée les « Toits bleus ». Il s’agit de la première opération de cette envergure en France sur des bâtiments de logements : 220 m2 de panneaux photovoltaïques raccordés au réseau. Cette installation a été conçue dès le départ pour être démonstrative et exemplaire. Elle peut toujours être visitée.

Quelles que soient ses caractéristiques techniques ou innovantes, un projet ne peut être réussi sans une communication soignée.

Concernant le solaire thermique, une opération a été menée avec un bailleur social, l’OPHLM de Montreuil, qui, depuis l’opération des « Toits bleus », a le réflexe d’étudier systématiquement l’option solaire. Les réalisations sont multiples : la Cité Paul Bert (118 m2 de capteurs solaires thermiques), l’hôtel Franklin (80 m2 de capteurs), la crèche Julie Daubie (4,5 m2 de capteurs sous vide), la crèche les Pins (16 m2 de capteurs)… Ces deux derniers chantiers n’ont demandé qu’une semaine à dix jours de travaux. Le plus dur a été de faire valoir le projet et d’argumenter.

Le stade nautique de Montreuil, construit en 1967, a également fait l’objet d’une très lourde rénovation. Étant donné que la consommation d’eau chaude sanitaire y est élevée, les piscines municipales sont les bâtiments pour lesquels les installations solaires sont les plus vite amorties et les plus efficaces, à condition, bien sûr, que le bâtiment soit bien orienté. Le stade nautique a donc été équipé de 236 m2 de panneaux solaires, assurant le préchauffage des 2 ballons de 5 000 litres situés dans un local technique à proximité des douches, pour limiter les pertes d’énergie en distribution. La production annuelle est estimée à environ 800 kWh/m2/an. Pour les piscines ne fonctionnant que l’été, la moquette solaire est un système simple et peu coûteux. En chauffant la température de l’eau de quelques degrés, ce système augmente de deux mois la durée d’ouverture de l’installation.

 

Remorque pédagogique

En termes de communication, la ville de Montreuil a imaginé et développé une remorque pédagogique et fonctionnelle. Celle-ci est composée d’un capteur plan qui permet de produire de l’eau chaude sanitaire. On peut tester l’efficacité du système grâce à un petit lavabo installé à l’arrière de la remorque. Elle comprend également un kit de trois panneaux photovoltaïques et d’un onduleur, pour représenter le « raccordé réseau ». Le grand public est très friand de ce type d’animation, car les visiteurs peuvent voir des capteurs de près, voire même les toucher.

D’une manière générale, les élus sont toujours contents a posteriori des installations solaires et communiquent très bien dessus. Toutefois, au niveau des projets, il existe encore beaucoup de réticences à associer les différents services de manière transversale et à mettre en exergue les différentes expertises. Surtout, le blocage principal réside dans le délai existant entre la commande et la réalisation. Cependant, quand un élu s’empare du projet et pousse à sa réalisation, les difficultés sont beaucoup moins nombreuses.

 

 

Crédit photos : Ville de Montreuil